Copier et contrefaire à la Renaissance. Faux et usage de faux

Copier et contrefaire à la Renaissance. Faux et usage de faux
Co-organisé par la SFDES et par RHR
29-31 octobre 2009
Paris, I.N.H.A.
On associe souvent les notions de « contrefaçon » et de « faux » à l’échange international des biens et des savoirs. Les mots et les pratiques qu’elles mettent en jeu sont pourtant anciens ; c’est certainement dès l’apparition des premières formes de commerce que la fraude a vu le jour. La Renaissance voit en l’occurrence proliférer des faux en tous genres, que ce soient des pièces de monnaie, des tissus et des aliments falsifiés ou des traités, des œuvres de fiction et des tableaux présentés fallacieusement comme authentiques ou encore des livres publiés sans le consentement de leur auteur ou d’un précédent imprimeur. Il n’est pas jusqu’aux individus qui ne soient susceptibles d’être imités frauduleusement que l’on songe aux mensonges de certains, malades, mendiants ou possédés. La période est même marquée par un accroissement de ce type de délits, en raison de la multiplication des ouvrages manufacturés, de la diffusion des textes imprimés et de la revendication de l’individualité des auteurs et des artistes. Or le fait de porter atteinte à l’originalité d’un objet ou d’une personne est alors susceptible en France de sanctions pénales, bien avant les premiers arrêts révolutionnaires sur le droit d’auteur.
Dans le cadre d’un colloque co-organisé par R.H.R. et la S.F.D.E.S., tous les domaines concernés par la copie à l’identique d’un original sans l’aveu du possesseur du droit de reproduction seront susceptibles d’enquête : l’économie, les sciences, l’histoire du livre, les arts, la littérature et bien sûr le droit dans son interaction avec les autres pratiques sociales et comme champ d’investigation en soi. On pourra ainsi s’intéresser, plutôt qu’aux problèmes déjà bien traités de la création par innutrition et de l’imitation innovante de règle en littérature et en histoire de l’art , aux stratégies mises en œuvre pour enfreindre le code de l’emprunt en même temps qu’à leurs motivations et à leurs résultats.
Comme l’a établi une table ronde préparatoire au colloque voir le compte rendu dans R.H.R, nº 66, juin 2008 , il est possible pour cela de faire un usage moderne des mots contrefaire, contrefaçon, faux ou plagiat même si l’époque ne les emploie pas ou peu dans ce sens, à condition toutefois de ne pas réduire la contrefaçon et l’imposture à la contravention aux codes juridiques de la propriété. Ce qui est appelé aujourd’hui « copie frauduleuse », « contrefaçon » ou « faux » n’est pas forcément considéré alors comme tel, du moins pas de manière aussi négative. L’autorisation tacite donnée par les auteurs à être copiés, l’intérêt de l’infraction aux privilèges d’imprimeurs pour assurer une plus grande diffusion des œuvres et l’imitation pédagogique des tableaux d’un maître prouvent par exemple la nécessité d’établir avec prudence les limites entre la copie et le faux, le licite et l’illicite. Si l’on souhaite s’interroger sur les pratiques jugées frauduleuses, on ne peut ainsi oublier que la contrefaçon reste appréciée de manière ambivalente au XVIe siècle. Ce sera l’intérêt du colloque que de montrer la spécificité de la notion dans chacun des domaines d’investigation et d’établir les éventuelles constantes de l’un à l’autre.
Comité scientifique :
Colette Nativel (Université Paris 1), Pascale Mounier (G.R.A.C., Lyon), Keith Cameron (professeur émérite de l’Université d’Exeter)
Présidents de séances pressentis : Laurent Pfister (histoire du droit), Laurent Gillard (économie), Jean Céard (histoire des sciences et de la religion), Colette Nativel (histoire de l’art), Pascale Mounier (littérature), Magali Vène (histoire du livre)
Jean Vignes (président de la S.F.D.E.S.), E. Berriot-Salvadore (présidente de R.H.R.).
« Copier et contrefaire à la Renaissance. Faux et usage de faux »
Colloque international
29-31 octobre 2009
Paris, I.N.H.A.
Organisation de session
Domaine concerné : (l’un parmi les suivants) Nous vous laissons toute latitude pour solliciter les participants qui vous semblent les plus compétents sur la question. Pour vous aider, nous avons pensé à quelques noms. Vous pouvez certainement les joindre par courrier électronique en proposant en pièce jointe la présentation synthétique que vous trouverez ci-après.
histoire du droit et des idées politiques [substitution d’identité, faux textes historiques ou juridiques, textes de loi contre les délits] : modérateur : Laurent Pfister (rapports entre pouvoir et pratiques de la contrefaçon), E. Viennot (loi salique), Alain Boureau (le mythe de la papesse Jeanne), J.-M. Legal (de Rennes ; ), ? (Martin Guerre), Denis Crouzet (histoire politique), Robert Muchambled (mœurs et comportements collectifs)
économie [numismatique, production manufacturée, alimentation] : modérateur = Lucien Gillard (ou G. Deleplace ou Bernard Rivet ou Alain Guéry). François de Calataÿ (contrefaçon de monnaies), L. Feller (de Paris I ; ), A. Montenach (Aix-en-Provence ; commerce alimentaire), S. Abraham-Tisse ? (prod. de tissus)
histoire des sciences et de la religion [vol d’inventions, simulation de maladies ou de possession, fausses reliques] : modérateur = J. Céard. E. Berriot (contrefaçon en médecine), Mme Vons (Tours ; histoire de la médecine, domaine néo-latin), S. Houdard (fausses possessions), Éliane Talbot (miracles dans les chroniques du Pérou), Alain Tallon (comportements religieux)
histoire de l’art [pratique de la copie ou de l’estampe, création de faux antiques] : modérateur = C. Nativel. G. Vagenheim (P. Ligorio), V. Meyer, Fagnard (la Cène de Léonard), Sylvie Deswartes (les inscriptions et les médailles), É. de Halleux, F. Lecercle (obsession de la « vraie image » et formes indirectes que prend sa dénonciation comme faux)
littérature [fausse attribution de textes, démarcation d’une œuvre par une autre] : modérateur = P. Mounier. A. Tournon (rapports imitation et contref. ou altération de sources documentaires), G. Polizzi (figures du leurre et du faux-semblant dans les recueils d’emblèmes),
histoire du livre [infraction faite à un privilège] : modérateur = M. Vène. R. Mouren, Malcolm Walsby, W. Kemp, Gérald Chaix (histoire du livre à Cologne)
Durée : 3 heures, à répartir entre une présentation liminaire que vous pourrez faire sur les problèmes de la contrefaçon et du faux qui se posent dans le domaine (assez brève), 4 interventions d’autres spécialistes (sous forme de 2 prises de parole de 30 min. suivies d’un temps de débat, que vous animez ; même principe après la pause-café)
Modalités de remboursement des participants :
hébergement : 2 nuits
repas : 4 repas (3 à midi à l’INHA et un banquet en soirée)
déplacement : somme forfaitaire allouée à chaque participant (sous réserve de justificatifs de déplacement).
Dates de confirmation de la participation des intervenants :
demander un accord de principe aux personnes sollicitées. Nous fournir cette liste début juillet
fin septembre : les participants doivent vous avoir proposé un titre de communication et une présentation brève de son contenu.
Pour les actes : rédaction d’une synthèse sur le problème de la contrefaçon au XVIe siècle dans votre domaine, qui pourrait reprendre les éléments exposés à l’oral dans votre brève présentation en les développant.
Si cela vous intéresse, vous trouverez enfin ci-après des indications bibliographiques concernant l’ensemble des domaines que nous souhaitons voir abordés.
La contrefaçon et le faux au XVIe siècle. Orientations bibliographiques
Si la critique sur la contrefaçon et la falsification aujourd’hui est abondante, en particulier dans les sciences sociales et économiques, peu de choses ont été faites sur la situation à la Renaissance. On trouvera ici des pistes bibliographiques, qu’elles portent exclusivement ou non sur le problème de l’infraction au droit de propriété et qu’elles s’attachent ou non à notre seule période. En l’absence d’étude de synthèse sur la question, elles sont classées en fonction du domaine principal dans lequel s’inscrit la reproduction illicite : le droit, l’économie, la science ou la religion, l’édition, la littérature et l’art. Sont mentionnés entre crochets les développements des ouvrages qui portent sur un domaine différent de celui du volume dans son ensemble.
Domaine juridique (substitution d’identité, faux textes historiques ou juridiques, textes de loi contre les délits)
« Autour du faux », dossier de la Revue de la BnF, Paris, n° 13, 2003 [avec des articles sur la reproduction de vases à l’antique et les contrefaçons de manuscrits].
Bouchony A. de, La Contrefaçon, Paris, P.U.F., « Que sais-je ? », 2006.
Boureau A., La Papesse Jeanne, Paris, Flammarion, « Champs », 1993.
Crahay R., « Réflexions sur le faux historique : le cas d’Annius de Viterbe », Bulletin de la classe des Lettres et des Sciences morales et politiques, Bruxelles, t. 69, 1983, p. 241-267.
Giesey R., Le Rôle méconnu de la loi salique. La succession royale, XIVe-XVIe siècles, Paris, Les Belles Lettres, 2007.
Heullant-Donat I., « L’historiographe, le faussaire et la truffe. Les falsifications d’Alfonso Ceccarelli sur les chroniques de fra Elemmosina », in Écritures de l’histoire (XIVe-XVIe siècle), Actes du colloque de Bordeaux des 19-21 septembre 2002, D. Bolher et C. Magnien-Simonin, Paris, Droz, « Travaux d’Humanisme et Renaissance », 2005, p. 219-237.
Pfister L., L’Auteur, propriétaire de son œuvre. La formation du droit d’auteur du XVIe siècle à la loi de 1957, Thèse de droit, Université Robert Schuman-Strasbourg 3, 1999.
Telle E. V., « Montaigne et le procès de Martin Guerre », B.H.R., Genève, t. XXXVII/3, 1975, p. 387-419.
Viennot É., La France, les femmes et le pouvoir, 2 vol., Paris, Perrin, 2006, vol. I, L’Invention de la loi salique (Ve-XVIe siècles).
Zemon-Davis N., Le Retour de Martin Guerre, Paris, France loisirs, 1982, partie II.
Domaine économique (numismatique, production manufacturée, alimentation)
Fraude, contrefaçon et contrebande de l’Antiquité à nos jours, G. Beaur, H. Bonnin et C. Lemercier (dir.), Paris, Droz, 2007.
Domaine scientifique ou religieux (vol d’inventions, simulation de maladies ou de possession, fausses reliques)
Céard J., La Nature et les prodiges, Genève, Droz, 1977.
Fragonard M.-M., « Corps simulé, corps simulateur », in Ambroise Paré (1510-1590). Pratique et écriture de la science à la Renaissance, É. Berriot-Salvadore (dir.), Paris, Champion, 2003, p. 159-186.
Domaine de l’édition (infraction faite à un privilège)
Armstrong E., Before Copyright. The French Book-Privilege System. 1498-1526, Cambridge, Cambridge University Press, 1990.
Dictionnaire encyclopédique du livre, P. Fouché, D. Péchion et P. Schuwer (dir.), 2 vol., Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, 2002, articles « Contrefaçon » et « Faux ».
Gilmont J.-F., « Peut-on parler de ‘contrefaçon’ au XVIe et au début du XVIIe siècle ? La situation de Genève et d’ailleurs », Bulletin du bibliophile, Paris, 2006, n° 1, p. 19-40.
Kemp W. , « Counterfeit Aldines and Italic-Letter. Editions Printed in Lyons 1502-1510 : Early Diffusion in Italy and France », Papers of the Bibliographical Society of Canada / Cahiers de la Société bibliographique du Canada, Toronto, vol. 35/1, 1997, p. 75-100.
Pagliara P. P., « Le De architectura de Vitruve édité par les Gabiano, à Lyon en 1523 », in Sebastiano Serlio à Lyon, 2 vol., S. Deswarte Rosa (dir.), 2004, vol. 1, p. 359-365.
Les Presses grises. La Contrefaçon du livre (XVI-XIXe siècle), F. Moureau (dir.), Paris, Aux Amateurs de Livres, 1988.
Saffrey H. D., « Sur une édition de Suétone parue à Lyon en octobre 1508 », B.H.R., Genève, t. XXXIX, n° 2, 1972, p. 427-434.
Shaw D. J., « The Lyons Counterfeit of Aldus’s italic type : a new chronology », in The Italian Book. 1465-1800, D. V. Reidy (dir.), Londres, The British Library, 1993, p. 117-133.
Simonin M., « La publication et la traduction de la Quarta parte de le Novelle de Bandello : de la trahison de l’éditeur à l’infidélité du traducteur ? », in Gli Uomini, le città e i tempi di Matteo Bandello, Actes du colloque de Tortona, 1985, p. 15-26.
Domaine littéraire (fausse attribution de textes, démarcation d’une œuvre par une autre)
Auctor et auctoritas. Invention et conformisme dans l’écriture médiévale, Actes du colloque de Saint-Quentin-en-Yvelines des 14 et 16 juin 1999, M. Zimmermann (dir.), Paris, École des Chartes, 2001. [articles sur l’écriture d’actes diplomatiques, sur les inscriptions lapidaires et sur l’auctorialité en architecture]
Copier, voler : les plagiaires, Critique, Paris, n° 663-664, 2002.
« Les critères d’attribution des œuvres anonymes », compte rendu de table ronde du 24 janvier 2004, R.H.R, Lyon, nº 59, 2004, p. 41-47.
Edelman B., Le Sacre de l’auteur, Paris, Seuil, 2004.
Emprunt, plagiat, réécriture aux XVe, XVIe, XVIIe siècles. Pour un nouvel éclairage sur la pratique des Lettres à la Renaissance, Actes des journées d’étude de Clermont-Ferrand des 15 novembre 2003, 14 juin 2004 et 5 et 6 novembre 2004, M. Couton, I. Fernandez, C. Jérémie, M. Vénuat (dir.), Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2006.
Genette G., Palimpsestes. La littérature au second degré, Paris, Seuil, « Essais », 1982.
Grafton A., Faussaires et critiques. Créativité et duplicité chez les érudits occidentaux, Paris, Les Belles Lettres, 1993 [1ère éd. Princeton, 1990]. [développement sur les faux objets d’art]
Hennig J.-L., Apologie du plagiat, Paris, Gallimard, « L’Infini », 1997.
« Imitation et plagiat au seuil de la modernité / Early modern imitation and plagiarism », Actes du colloque de Tours des 10, 11 et 12 mai 2007, K. Sellevold (dir.), à paraître.
Larivaille P., « La ‘grande différence entre les imitateurs et les voleurs’ : à propos de la parodie des Amours de Didon et Énée dans les Ragionamenti de l’Arétin », in Réécritures. Commentaires, parodiesj variantions dans la littérature italienne de la Renaissance, 2 vol., Paris, Presses de l’Université de la Sorbonne Nouvelle, 1983, vol. I, p. 41-108.
Martineau Y., Le Faux littéraire. Plagiat littéraire, intertextualité et dialogisme, Paris, Nota Bene, 2002.
Maurel-Indart H., Du Plagiat, Paris, P.U.F., « Perspectives critiques », 1999. [développement sur la sanction des infractions au code de la propriété intellectuelle]
Maurel-Indart H., Plagiats. Les Coulisses de l’écriture, Paris, La Différence, 2007.
Le Plagiat littéraire, H. Maurel-Indart (dir.), Littérature et nation, Tours, n° 27, 2002. [article sur l’action en contrefaçon]
« Plagiat, pastiche, contrefaçon », cycle de l’émission de France Culture « Les Chemins de la connaissance » animée par R. Enthoven, du 24 au 28 septembre 2007.
Schneider M., Voleurs de mots. Essai sur le plagiat, la psychanalyse et la pensée, Paris, Gallimard, 1985.
Domaine artistique (pratique de la copie ou de l’estampe, création de faux antiques)
L’Art d’imiter. Images de la Renaissance italienne au musée d’art et d’histoire. Falsifications, manipulations, pastiches, Catalogue d’exposition, M. Natale et C. Ritschard (dir.), Genève, Département des affaires culturelles, 1997.
Bessy C. et Chateaureynaud F., Experts et faussaires. Pour une sociologie de la perception, Paris, Métailé, 1995. [développements sur les implications juridiques de la falsification]
Courajod L., L’Imitation et la contrefaçon des objets d’art antiques aux XVe et XVIe siècles, Paris, 1889.
Copies, répliques, faux, F. Chamoux et alii (dir.), Revue de l’art, Paris, n° 21, 1973, p. 5-31.
Fake and forgeries, Catalogue de l’exposition du 11 juillet au 29 septembre 1973 au Minneapolis Institute of Arts, Minneapolis, Minneapolis Institute of Arts, 1973.
Fake ? The Art of Deception, Catalogue d’exposition, M. Jones (dir.), Londres, British Museum publications, 1990.
Falsi, contraffazioni, finzioni, P. d’Angelo (dir.), Rivista di estetica, Torino, n° 46, 2006.
Isnard G., Faux et imitations dans l’art, Paris, Fayard, 1959.
Italian plaquettes, A. Luchs (dir.), Washington D.C., National Gallery of Art, 1989.
Kurz O., Faux et faussaires, Paris, Flammarion, 1983 [1ère éd. Londres, 1948].
Préaud M., « Essai de définition de la copie en matière d’estampe », Nouvelles de l’estampe, n° 179-180, 2001-2002, p. 7-12.
Prestipino P., « Contraffazioni’ rinascimentali dall’antico su un rilievo pseudo-antico con scena di uccisione dei Proci », Civiltà mantovana, Mantova, 1992, n° 4, p. 37-43.
Vagenheim G., « Pirro Ligorio e le false iscrizioni della collezione di antichità del cardinale Rodolfo Pio di Carpi », in Alberto IIIe Rodolfo Pio da Carpi, collezionisti e mecenati, Actes du colloque international de Carpi des 22 et 23 novembre 2002, M. Rossi (dir.), Udine, Arti Grafiche Friulane, 2004, p. 109-121.
Vrai ou faux ? Copier, imiter, falsifier, Catalogue de l’exposition du 6 mai au 29 octobre 1988 au Cabinet des Médailles, Paris, Bibliothèque Nationale, 1991.
Zerner H., « À propos de faux Marcantoine. Notes sur les amateurs d’estampes à la Renaissance », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, t. XXII, 1961, p. 477-481.
Et pour la détente… La Guerre du faux d’Umberto Eco et Les Falsificateurs d’Antoine Bello.
