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Axe 4 : Pratiques et politiques de l'enseignement supérieur

Responsable : Laurent Cosnefroy

 

L’objectif de l’équipe «  Pratiques et politiques de l’enseignement supérieur » est de développer des recherches sur l’enseignement supérieur s’organisant de façon privilégiée autour des activités d’enseignement et d’apprentissage, de leurs évolutions et de leurs effets.  En plaçant au centre de ses investigations les activités d’enseignement et d’apprentissage, cet axe du laboratoire se préoccupe d’un champ que l’on appelle également, dans l’aire francophone, la pédagogie universitaire, au sens élargi que lui donne De Ketele (2010) : les activités d’enseignement/apprentissage sont encadrées en amont par le curriculum, qui détermine pour une part ces activités, et en aval par les résultats, susceptibles d’être évalués à différents niveaux : réussite des étudiants, évaluation de la qualité des enseignements. L’ensemble curriculum – activités d’enseignement/apprentissage – résultats est influencé par différents facteurs, politiques, économiques et institutionnels, dont l’importance est clairement soulignée dans l’intitulé même de l’axe qui associe politiques et pratiques, sans oublier les caractéristiques propres aux enseignants (identité professionnelle) et aux étudiants (dynamique motivationnelle et modes d’apprentissage).

Le positionnement de l’équipe est original à plus d’un titre. Il s’agit probablement de la seule équipe française de recherche en sciences de l’éducation totalement et exclusivement structurée autour de l’enseignement et l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. Pour ce faire, l’équipe réunit des chercheurs de cultures disciplinaires diverses : certains ont été formés en sciences de l’éducation, d’autres en psychologie, d’autres encore en sociologie, en didactique ou en économie. Ceci lui permet de mettre en œuvre une approche interdisciplinaire dans l’étude des processus d’enseignement et d’apprentissage dans l’enseignement supérieur.

Les recherches en éducation poursuivent une double visée, pragmatique et critique. Pour ce qui concerne les questions d’enseignement et d’apprentissage dans l’enseignement supérieur, la difficulté consiste à tenir les deux bouts de cette chaîne en veillant à ne pas être happé par la dimension pragmatique, ce qui conduirait à mettre l’accent sur des activités de conception et d’expertise de dispositifs pédagogiques en reléguant à l’arrière-plan la réflexion sur les fondements théoriques de ces dispositifs. Le contexte de mutation de l’enseignement supérieur génère de nombreuses questions, il est légitime que les résultats de la recherche en éducation prennent leur part pour dessiner des perspectives de réponse. Les recherches menées dans l’équipe intègrent cette perspective pragmatique en contribuant à produire, à analyser et à évaluer les effets de dispositifs susceptibles de résoudre divers problèmes d’enseignement et d’apprentissage  (dispositifs pédagogiques, de soutien à l’innovation, d’aide aux apprentissages par exemple). Cependant, la construction de dispositifs à l’intention des enseignants ou des étudiants a tout à gagner à s’appuyer sur des cadres théorique et méthodologique fermes pour produire des résultats lisibles dont on peut expliciter les conditions de validité. Aussi s’agit-il pour l’équipe d’œuvrer à la construction scientifique d’un champ de recherche théorique à la croisée de plusieurs autres champs  parmi lesquels la formation des adultes, le développement professionnel des enseignants, les TIC, les didactiques, la psychologie de l’apprentissage. Un nouveau champ théorique ne se construit pas ex nihilo ; il entretient des proximités et des filiations avec d’autres champs théoriques, procède à des emprunts conceptuels. Ainsi le développement de formations professionnelles à l’université favorise-t-il  le développement d’une approche par compétences. Ce concept  a été abondamment travaillé en formation d’adultes. Les travaux auxquels il a donné lieu pourront être utilement réinvestis dans le champ de l’enseignement supérieur. Ce travail de construction scientifique implique par ailleurs de procéder à une analyse critique de concepts fréquemment convoqués dans le champ dit de la pédagogie universitaire tels que  la qualité des formations, l’efficacité de l’enseignement, l’accompagnement des enseignants.

Construire des cadres théoriques solides sans dénier la fonction pragmatique des recherches sur l’enseignement et l’apprentissage dans l’enseignement supérieur, tel est en somme le défi qui doit être relevé.

 

Programme de recherches

 

Trois axes de travail structurent les recherches de l’équipe

 

L’évolution du travail des enseignants chercheurs et la formation à la pédagogie

        Il est souhaitable d’adosser la question des transformations pédagogiques dans l’enseignement supérieur à une analyse plus large de l’évolution du métier d’enseignant-chercheur. Ceci permettrait d’éviter une approche trop techniciste de la pédagogie dans l’enseignement supérieur en prenant en compte les politiques éducatives (cadre de Bologne notamment), les enjeux institutionnels et les identités professionnelles qui contribuent à déterminer les pratiques enseignantes et à favoriser, ou non, l’émergence de nouvelles pratiques pédagogiques. Les travaux sur l’évolution du travail des enseignants-chercheurs (academic work) sont insuffisamment présents dans l’équipe actuellement. Le récent symposium sur « la posture d’accompagnement dans le travail des enseignants du supérieur » (AREF, 2013) a constitué un premier jalon pour développer cet objet de recherche au sein de l’équipe. Ces travaux devront se développer au cours du prochain quinquennal, ce qui est à la fois pertinent et possible puisque l’évolution du travail des enseignants-chercheurs est un objet de recherche qui peut être partagé avec l’axe 1 du laboratoire.

La formation même à la pédagogie est abordée dans un programme de recherche ayant débuté en 2014 et d’une durée de 4 ans, intitulé Impact de la formation à l’enseignement et de l’encadrement des nouveaux professeurs d’université. Il s’agit d’un projet de recherche international financé par le CRSH (conseil de recherches en sciences humaines) du Canada piloté par Louise Ménard de l’Université du Québec à Montréal et associant l’Université d’Ottawa, l’Université de Sherbrooke, l’ENS Lyon et le laboratoire ECP. L’objectif est de comparer les effets sur les pratiques pédagogiques de différentes modalités de formation à la pédagogie. C’est grâce au partenariat établi entre l’équipe et le réseau de conseillers pédagogiques du supérieur PENSERA que la participation à cette recherche a été rendue possible.

 

 

Le développement du numérique et ses effets sur les activités d’enseignement/apprentissage

La pédagogie dans l’enseignement supérieur est souvent une pédagogie qui s’appuie sur l’introduction d’environnements numériques, que ce soit dans des formats de formation en présentiel ou à distance. On peut s’interroger sur les évolutions induites par le numérique dans le champ plus général de la pédagogie dans l’enseignement supérieur. Le développement de l’usage des TIC dans l’enseignement supérieur contribue-t-il à façonner un nouveau rapport à l’enseignement et suscite-t-il de nouvelles pratiques pédagogiques ?  Cette proposition, souvent considérée comme allant de soi dans nombre de projets déposés dans le cadre de l’appel d’offre IDEFI (Initiative d’Excellence en Formations Innovantes, programme des Investissements d’Avenir), mérite plus ample investigation (des travaux ont déjà été engagés sur cette question  notamment à partir d’une analyse du Campus Forse). Un autre volet concerne l’impact des TIC et des scénarios pédagogiques qui leur sont associés à la fois sur les modes d’apprentissage et les compétences développées. Enfin, la formation à distance est en elle-même un objet que l’on peut isoler du fait des questions spécifiques qu’elle pose, et notamment celle-ci : comment penser un accompagnement des étudiants dans un cadre de formation qui demande un surcroît d’autonomie par rapport à une formation traditionnelle en face à face ?  Sur tous ces points, des travaux ont déjà été engagés par plusieurs membres de l’équipe. Ils sont à poursuivre et à amplifier.

 

La réussite des étudiants dans l’enseignement supérieur, la qualité des apprentissages réalisés et la transition secondaire/supérieur

Des recherches ont été menées (notamment en sociologie de l’éducation) sur les parcours d’étudiants, les modes de socialisation et, plus généralement, les facteurs de réussite et d’échec dans le supérieur. Ces travaux sont probablement à renouveler en accordant une importance accrue à une approche psychologique de ces phénomènes. Il s’agit de comprendre ce que sont les conditions motivationnelles, cognitives et émotionnelles de l’engagement et de la réussite. Au-delà de la réussite, il s’agit également de s’interroger sur ce que signifie un apprentissage de qualité. Les travaux portant sur l’apprentissage autorégulé constituent un ancrage théorique privilégié pour avancer sur ce front. De même que l’on  s’intéresse au développement professionnel des enseignants, il serait souhaitable symétriquement de s’intéresser  au « développement de l’autonomie » des étudiants. Sur quelles conceptions se fondent les dispositifs d’accompagnement visant à accroître l’autonomie des étudiants et à soutenir leur motivation ? Avec quels effets ? Quelles seraient les conditions psychopédagogiques et institutionnelles de leur efficacité ? Par ailleurs, et par analogie avec les travaux menés en son temps par l’équipe ESCOL sur les « nouveaux lycéens », peut-on parler de « nouveaux étudiants » caractérisés par un certain type de rapport au savoir ? Quel est l’impact des filières disciplinaires sur ce rapport au savoir ? Quel effet en retour cela a-t-il sur les pratiques et les postures des enseignants ? Enfin, de quelle façon les curriculums peuvent-ils être adaptés pour favoriser la réussite des étudiants ? Trois contrats de recherche avec des institutions d’enseignement supérieur permettront dès l’année 2016 d’explorer plus avant ces thématiques : l’école de management de Grenoble (GEM), l’école nationale de l’enseignement supérieur professionnel de Grenoble (ENEPS) et l’école des Ponts et Chaussées.

 

Au total, les recherches engagées sur ces différents points devraient conduire l’équipe à apporter  au cours du prochain quinquennal une contribution spécifique  au problème de la transition entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, de l’engagement des étudiants dans les études et de la qualité des apprentissages, contribution en termes de résultats de recherche et de construction d’un modèle théorique permettant de penser cette transition.