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Axe 2 - Politique de la diversité, Monde commun

Responsables : Frédéric Mole et Denis Poizat

 

 

Alors que la France s’estlongtemps caractérisée par une politique "républicaine" visant à neutraliser  les différences dans l’espace public, on observe, depuis une dizaine d’années, l’émergence de politiques de la diversité. Celles-ci se sont d’abord déployées dans l’entreprise (cf., par exemple, la Charte et le label de la diversité de 2008) puis dans le monde de l’éducation et de la formation. Elles se sont traduites au plan juridique et réglementaire par la loi "pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées" de 2005. Elles sont aujourd’hui manifestes dans le référentiel des compétences professionnelles des professeurs. La prise en compte de la diversité présente ainsi une dimension normative qui excède le seul monde scolaire, et qui s’est affirmée en France plus récemment et moins fortement qu’en Amérique du Nord ou qu’au sein des instances de la Communauté Européenne.

Dans le même temps, l’exigence de réaliser un monde commun devient plus prégnante. La diversité, fait social ancien et multiforme, est donc ressentie comme un "problème" social et politique qu’il convient de "traiter". En France, le débat public s’en est emparé depuis une vingtaine d’années, en déplaçant ce que l’on appelait, à la fin du 19e siècle, "la question sociale". Celle-ci était alors associée au danger de fragmentation de la société par les revendications des "classes laborieuses", par l’individualisme et par  la sécularisation ; la question scolaire, confondue avec celle de la socialisation et de la formation d’une unité politique, s’était cristallisée sur les tensions liées à la laïcisation de l’école publique. Les premiers éléments de catégorisation médicaliste des populations, associés aux craintes de dégénérescence de la société ont contribué au phénomène de fragmentation. Au cours du 20e siècle, la question sociale s’est déplacée vers celle des inégalités socio-économiques, de l’exploitation et de la domination de classes, tandis que la question scolaire se confondait avec celle de l’inégalité des chances et des résultats. Cette question de justice a été partiellement recouverte, depuis le début des années 80, par la question de "la différence" puis de "la diversité" : celle-ci renvoie tantôt à l’injustice de la domination culturelle, des discriminations de genre, de conditions sanitaires et de la ségrégation ethnique dans une société prise en défaut d’intégration, tantôt aux menaces de l’ethnicisation et de la communautarisation pour l’unité nationale et pour l’école. L’ethnicisation, la communautarisation, voire la racialisation de la question sociale, se confrontent cependant aujourd’hui au "retour des classes sociales" et à la dénonciation de la précarité, de l’exclusion et "des eaux glacées des calculs égoïstes".

La question de la diversité est donc au cœur de tensions, de controverses, d’accords politiques, au sens large du terme, qui concernent l’édification ou la préservation d’un monde commun, de valeurs, de références et de normes partagées, ou, plus largement, la constitution d’un espace public. Les recherches portent sur les diversités : sur les différences liées aux situations de handicap, aux classes sociales, aux sexes (ou genres), aux cultures, aux religions, aux mémoires. Suivant diverses démarches qualitatives (historique, philosophique, anthropologique, sociologique), elles visent à comprendre les logiques et les pratiques des acteurs (enseignants, parents, élèves…) face à ce qui est devenu une "question sociale" posée comme une question de justice ou d’équité – même si elle peut aussi l’être dans des rapports de forces. Elles partagent un souci d’ancrage historique, s’intéressant aux façons dont les diversités (qui ont été des faits sociaux avant d’être posées comme des normes) ont été appréhendées et traitées, à la fabrication sociale des catégories, aux modèles historiques auxquels se réfèrent et que réinterprètent les acteurs. Elles s’appuient aussi sur une approche comparatiste des divers modes de "gestion de la diversité", d’autant plus utile que la politique de la diversité des pays anglo-saxons est fréquemment proposée comme une norme.

Stratégie et perspectives scientifiques pour le futur contrat

L’axe 2 agrège ses deux volets en un seul axe thématique : Politiques de la diversité, Monde commun. La réunification des deux volets est l’occasion de proposer des séminaires communs sur la catégorisation et la normativité suite aux recommandations du Conseil d’orientation scientifique du laboratoire.

Le partenariat avec l’ISERL dont ECP est un des membres fondateurs, s’élargir à de nouveaux projets (voir plus bas). Le développement de l’activité internationale se traduit par de nouveaux partenariats avec deux universités brésiliennes (Recife, Sau Polo), des universités allemandes, de nouvelles universités du Québec et la HEP de Lausanne, Suisse.